reprendre la main - Moi et ma douleur - ABC Douleur

Reprendre la main face au poids des autres

Une histoire comme tant d’autres – Moi et ma douleur

Je m’appelle Marie, 46 ans. J’ai des douleurs cervicales chroniques depuis 20 ans.

Je réalise aujourd’hui qu’une grande partie de mon parcours sur cette problématique a été imposé par les autres. Ou plutôt, je dirais, que j’ai laissé les autres décider pour moi.

Le point de départ, ça a été une sortie dans un parc d’attraction avec mon petit ami de l’époque. La bande de copains était partante pour une sorte de train qui partait en accélération à la verticale en quelques secondes. Je ne le sentais pas, mais j’ai cédé, poussée par le groupe. Et ça a été le début de mes douleurs au cou, associées à des maux de tête fréquents.

Mon parcours de santé m’a ensuite fait croiser certains thérapeutes qui m’ont imposé leurs techniques, comme cet ostéo qui m’a manipulée sans me prévenir. Le craquement cervical a été une chose, mais la douleur ressentie sur le coup a été totalement discréditée par ce thérapeute (« vous êtes chochotte »). En plus, les conséquences ont été une aggravation des douleurs, plus fréquentes et plus longues. Il s’agit juste d’un des événements qui s’est accumulé. Au fil du temps, en s'aggravant, je ressentais des tensions, jusqu’à des spasmes qui provoquaient des névralgies invalidantes sur plusieurs jours.

Déclic - Retrouver confiance en soi

J’aurais aimé avoir plus confiance en moi et mes ressentis à l’époque. J’aurais pu affirmer ma position de ne pas vouloir monter dans ce train.

Je réalise aujourd’hui que mes "envies corporelles" et mes intuitions sont souvent bonnes. Cette prise de conscience, que, moi, je savais mieux ce qui était bon pour moi, a été salvatrice. J’ai réalisé que je le savais instinctivement, physiquement, corporellement, même si je n’arrivais pas à l’expliquer. C’est peut-être pour cela qu’il m’a parfois été difficile de maintenir ma position, parce que c’est difficile à exprimer et à argumenter.

En fait, sans influence extérieure je crois que l’on sait tous ce qui est bon pour nous. Les habitudes et les conditionnements nous ont parfois fait oublier cette compétence, mais en la travaillant j’ai réussi à la retrouver.

Aujourd’hui j’arrive plus facilement à savoir ce qui me convient. Par rapport à mes douleurs, quand ça commence à monter, je suis la première idée qui me semble juste dans mes tripes : aller marcher 20 min en sortant du boulot, boire, ou faire une séance d’étirements… Et à chaque fois ça me soulage !

Déclic - De la colère à la co-décision

Face aux professionnels de santé, mon attitude a mis du temps à évoluer.

Au début, j’étais dans la méfiance. Ma colère que les autres décident à ma place, de les avoir laissé faire, d’être la seule à en subir les conséquences… ma colère me faisait dire non à tout.

Cette attitude fermée n’a pas été fructueuse. Déjà elle n’était pas forcément entendue et, vu que j’allais chercher un soin, le thérapeute prodiguait son soin malgré mon avertissement.

J’ai réalisé qu’il fallait que j’exprime clairement ce que j’attendais : à savoir qu’on m’explique ce qui va être choisi et fait afin que je puisse prendre part à la décision. Cette exigence est peut-être difficile à vivre par le professionnel de santé, mais elle est pour moi le gage d’une confiance retrouvée envers l'autre. Je sens que je redeviens actrice face à ma douleur.

Ce retour d'expérience fait partie des témoignages récoltés dans le projet "Moi et ma douleur", avec des objectifs de sensibilisation et d'inspiration.

Vous pouvez partager comment ce vécu vous touche ou résonne pour vous en commentaire.

6 réponses à “Reprendre la main face au poids des autres”

  1. Bonjour,
    ce témoignage m’a beaucoup touchée, à quelques mots prêts il est le miroir de mes ressentis…

    Se reconnaitre est tout à fait apaisant, réconfortant.
    Ce mot me fait l’effet d’une piqûre de rappel pour ne pas oublier ce qui est bon pour moi.

    Il m’arrive encore d’avoir du « mal » à exprimer mon besoin sur l’instant.
    Je me permets de vous raconter comment je suis restée plus d’une heure « piquet planté » debout sous un soleil de plomb à écouter une conversation qui certes au début était intéressante sauf que petit à petit, à ne pas dire « excusez moi, je dois m’assoir un instant »… les petites tensions qui voulaient être entendues sont devenues insupportables… tout ça pourquoi ?
    « Supporter dans la limite du supportable » non !
    Il faudrait juste doser et comme dans le témoignage de Marie agir positivement…
    Je sais faire pourtant, je l’ai appris pendant mon parcours de soin avec précieuse rencontre.

    Alors remettre les apprentissages en places jusqu’à ce qu’ils deviennent de fidèles compagnons

    Merci

  2. Merci Claire pour ce retour.
    Votre témoignage inspire et fait prendre conscience du travail quotidien pour exprimer ses besoins avec douceur et respect pour soi et pour l’autre !

  3. Bonjour,
    Il importe de comprendre qu’une relation humaine n’a de valeur que si elle est un
    partage, non une imposition par domination pernicieuse ou non…
    Depuis que je suis née, mes nombreuses allergies m’ont révélé que trop de relations
    sont une imposition par domination pernicieuse. Face à mon impossibilité de manger tel
    ou tel aliment (allergie aux fruits de mers, par exemple), les mêmes remarques
    banales m’ont été servies : « tu ne sais pas ce qui est bon ! » ou « tu ne sais pas ce que tu rates » etc…
    Comme si j’avais le choix ! Et même si c’était le cas, ne sommes-nous pas
    tous en droit de ne pas manger ce que nous n’aimons pas ? En effet, même sans être
    allergique, à un plat que nous n’aimons pas, par politesse, il faudrait accepter d’y
    goûter pour faire plaisir à son hôte(esse)! J’ai toujours dit non, par refus
    d’être malade.
    Mon attitude à savoir dire « Non » m’a souvent valu des critiques, voir des rejets…
    Avec l’expérience (jeunesse passée), le douloureux sentiment d’exclusion surpassé, j’ai déduit que mes allergies me dotaient d’un outil de tri précieux pour déterminer les
    relations humaines vraiment valables.
    Tous mes amis actuels me traitent avec empathie à ce propos et je sais par là-même que
    ce sont des vrais amis…
    Je souhaite que mon témoignage vous aide…

  4. Merci Sophie !
    Votre témoignage souligne cette difficulté à tenir une position qui pourtant est juste pour nous.
    Il met aussi en avant certaines attitudes de personnes qui « nous veulent du bien » en nous demandant de faire comme ce qui est bon pour elles.

    Accepter, écouter l’autre sans jugement : une belle voie à découvrir de part de d’autre de la relation 🙂

  5. Bonjour !

    Merci pour ce témoignage qui rappelle qu’il est vraiment important de rester acteur de sa santé et qu’il n’est pas judicieux de déléguer entièrement notre pouvoir aux soignants mais que l’équilibre est dans la co-création.
    Je rejoins également le témoignage de Claire. J’ai aussi encore parfois des difficultés à exprimer mes besoins ou arrêter une activité alors que je sens que cela serait juste, bien souvent par peur du jugement de l’autre.

  6. Merci pour votre partage d’expérience !
    Dans la douleur, comme dans d’autres situations, il est souvent difficile de se libérer du regard de l’autre.

    Ma vision est que l’expérience de la douleur peut être un beau terrain d’apprentissage, afin de revenir à l’essentiel et se reconnecter à soi. L’inconfort de la douleur ne nous laisse plus le choix et nous pousse à nous surpasser pour découvrir de nouvelles façons d’être et de faire 🙂

    Marie

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