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La douleur comme un caprice

Nous sommes tous des têtes dures. Buté-e-s, nous pensons avoir raison et savoir mieux que les autres, n’avoir besoin de l’aide de personne. Et si justement c’était là que nous avions le plus à apprendre ?

Vouloir faire seul - Photo by Tanaphong Toochinda on Unsplash

L’autre jour mon père nous racontait leur semaine avec mon neveu, 5 ans. Une expérience quotidienne était chargée d’émotions. En effet, tous les matins, mes parents vont faire quelques courses, le journal, le pain, quelques légumes. Et tous les matins pendant une semaine, mon père et mon neveu ont reproduit le même scénario.

Vouloir faire seul

Une fois en bas de l’escalier, les chaussures mises, il restait la veste de mon neveu à zipper ! Sauf qu’à 5 ans, souvent, on veut faire les choses à la sauce « non, moi tout seul ! ». Enfiler des chaussettes et des chaussures à scratch, ça passe à peu près. Mais engager la fermeture éclair dans le fermoir (j’ai appris que ça s’appelait curseur), ça c’est une autre paire de manche !

Et avec l’énervement de ne pas y arriver, plus les propositions répétées de mon père pour l’aider, et ses refus répétés « non, moi tout seul ! », mon neveu y arrivait de moins en moins. Pression qui monte d’un côté comme de l’autre.

Comme dirait Cabrel, la fin de l’histoire on la connait, et pourtant il y aurait plusieurs variantes :

  • crise de nerf et mon père part seul faire les courses, laissant le soin à ma mère de calmer mon neveu, énervé par le zip et contrarié de ne pas être parti faire les courses (peut-être avec un sentiment d’être délaissé). Belle matinée en perspective, et l’appréhension du lendemain matin,
  • crise de mon neveu jusqu’à épuiser mon père, qui décide finalement de ne pas sortir ce jour-là. Situation différente, mais mêmes effets plombants pour le jour-même et éventuellement le lendemain,
  • décision commune ou imposée de ne pas zipper la veste (une alternative serait de mettre une veste à boutons, on déplace le problème). Selon la méthode pour y arriver, la matinée sera plus ou moins tendue, mais surtout le problème aura de forts risques de se reproduire le lendemain matin,

Accompagnement et autonomisation

Je pourrais lister des variantes quasi à l’infini mais la variante de laisser mon neveu faire est la seule qui à terme permettra de ne plus rencontrer le problème. En effet, le jour où il saura seul engager la fermeture éclair et la zipper sera libérateur pour tous. L’autonomisation est la seule voie. Mais elle demande plus de temps.

De façon intéressante les enfants veulent faire et faire seuls. Ils veulent apprendre seuls, ce qui prend du temps. Cela nécessite parfois des ruses d’ingéniosité pour arriver à leur montrer ou leur expliquer un peu pour accélérer le processus d’apprentissage et de réalisation. Par exemple, on pourrait descendre une demi heure plus tôt pour laisser le temps à mon neveu de mettre sa veste seul. On pourrait aussi faire un jeu où on liste les étapes sur sa propre veste pour montrer sans avoir l'air d'aider. On pourrait peut-être… (avez-vous d'autres idées ?)

Et si vous étiez comme mon neveu à être persuadé-e

  • que vous seul-e savez,
  • que vous seul-e savez faire,
  • que vous seul-e pouvez apprendre, sans l’aide de personne…

Et si vous vouliez gagner un peu de temps ?

Quel lien entre douleur et caprice ? Pour le thérapeute :

Avoir conscience de l'attitude possible face à la douleur permet de guider au mieux les patients que nous croisons. A mon avis, cela consiste par exemple à apprendre à faire passer un message ou des consignes sans les imposer. Ne pas se laisser décourager à revenir uniquement à des pratiques passives et toujours viser l'autonomisation du patient...

De façon égocentrique, pouvons-nous accepter une conception de la douleur différente de la nôtre, essayer de la comprendre et d'en retirer quelque chose de constructif ?

Quel lien entre douleur et caprice ? Pour le particulier :

Si nous sommes bloqués avec notre douleur où rien n'avance, pourrions-nous envisager de l'aide ? Pourrions-nous envisager que notre attitude ou notre vision de la douleur n'est peut-être pas la plus à même de nous faire évoluer ?

Certains points de cet article vous parlent ou vous touchent ? N'hésitez pas à partager vos réflexions et vos expériences en commentaire.

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2 réponses à “La douleur comme un caprice”

  1. bonsoir Marie,

    je réagis tardivement.
    notre comportement, notre position professionnelle de soignant, veut que l’on apporte de l’information à notre patient, qu’on le guide, qu’on essaie de le soigner…
    souvent, on oublie la toute première étape: est ce que notre patient souhaite qu’on lui délivre une information?

    hier, une jeune femme est arrivée au cabinet, et me donne un article à lire sur les tests de kinésio, et me demande si je connais, et ce que j’en pense.
    cela m’a agacée d’abord, parce qu’elle m’a imposé son point de vue.
    puis, j’ai essayé de comprendre pourquoi cela me heurtait, pourquoi je la trouvais « gonflée » de me dire cela, pourquoi je n’étais pas prête à recevoir cette information…

    mais ne faisons nous pas cela si souvent avec nos patients?

    comme avec ton neveu, on lui zippe sa veste, d’autorité.

    bonne semaine,
    caroline

  2. Merci Caroline pour ce partage.

    La communication comme un échange d’informations entre 2 personnes, mais aussi comme un révélateur de nos émotions. Comment calmer notre ego et tenter de comprendre l’autre pour tous les 2 avancer sereinement…

    Qui est le soignant, qui est le soigné…

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