douleur comme faim - ABC Douleur

La douleur c’est comme la faim

On peut concevoir la douleur de différentes manières. Une façon est de considérer la douleur comme un besoin, c’est-à-dire comme la soif ou la faim.

Cet article sur nos conceptions vient compléter l'interview que j'ai donnée dernièrement avec Le coup d’œil qui inspire.

Le besoin

Quand j’ai faim, j’éprouve le besoin de manger pour combler cette sensation de faim. Ainsi je ressens par exemple un mal de ventre, que j’interprète comme étant le besoin de manger et je mange pour combler ce besoin.

Quand on est plus jeune, ce ressenti déclencheur de l’acte de manger est plutôt bien interprété. Ainsi on ressent bien si on a faim ou non.

C’est ce qui nous fera arrêter de jouer pour aller demander quelque chose à manger. Et à l’inverse, c’est ce qui nous fera dire non, même quand la grand-tante voudrait à tout prix nous voir finir une part supplémentaire de son gâteau. Notre ressenti et notre interprétation sont alors plutôt fiables.

Les troubles du ressenti et de l’interprétation

Cependant au fil des ans, les situations se compliquent. Entre le fait d’avoir à manger quand c’est l’heure, les injonctions familiales ou sociales (ex : de finir son assiette, de prendre plutôt tel plat, de manger comme les autres…), ou encore le plaisir instantané de l’aliment qui vient combler nos failles psychologiques, la clarté du ressenti et de l’interprétation se brouille.

Il peut alors nous arriver de manger pour apaiser une forte émotion ou un mal de ventre lié au stress.

Nous perdons la subtilité de l’interprétation de nos ressentis.

Ainsi l’action pour répondre au ressenti initial sera inadaptée.

La douleur comme un besoin

Si l’on fait l’analogie entre la douleur et la faim, on peut analyser ce ressenti douloureux sous la même grille : la douleur correspond au ressenti initial qui m’amène à agir.

Extrait de l'interview que j'ai donnée avec cette analogie entre faim et douleur

Prenons par exemple le fait de mettre le doigt sur le feu :

  • sans pathologie particulière, je ressens normalement une douleur,
  • j’interprète ce ressenti comme étant le signal qui me dit que je dois agir pour protéger mon intégrité corporelle,
  • j’agis en enlevant le doigt du feu.

La problématique survient quand une de ces étapes est défaillante.

Se rapprocher de son ressenti

Particulièrement chez les personnes vivant des douleurs persistantes, on peut parfois observer des ressentis inadaptés, voire inexistants.

Ainsi il arrive que la personne ne ressente plus clairement ses besoins primaires. Elle ne sait plus si elle a faim ou sommeil, elle oublie d’aller aux toilettes. C’est comme si elle ne percevait plus les indices donnés par son corps. Souvent ces comportements et ces habitudes ont été intégrés antérieurement à l’apparition de la douleur.

Concernant leur ressenti douloureux, ces personnes peuvent avoir du mal à l’exprimer, à le décrire. Leur ressenti douloureux est parfois présent depuis tellement longtemps, qu’elles s’en sont coupés

Je fais comme si la douleur n’existait pas.

Un patient vivant des douleurs persistantes

Il semblerait que cela les coupe aussi du ressenti de soulagement. J’observe parfois que ces personnes ne savent plus distinguer ce qui leur fait du bien ou non.

A l’autre extrême, certaines personnes douloureuses prennent tout signal d’inconfort pour une douleur qu’elles interprètent comme urgente, grave et qui accapare tellement leur attention qu’elle en devient invalidante.

Réapprendre à interpréter et agir

De la même façon que nous avons appris à grandir grâce, entre autres, à la douleur, nous pouvons avoir à réapprendre.

Nous avons ainsi appris que de

  • mettre le doigt sur le feu brûlait,
  • ne pas freiner assez tôt pouvait faire mal lorsqu’on tombe de vélo,
  • qu'il valait mieux éviter de mettre ses doigts dans la porte…

Ces divers apprentissages progressifs nous ont conservés plus ou moins entiers jusqu’à ce jour.

Cependant, lorsque la douleur persiste, elle est souvent moins en lien avec une atteinte des tissus. Ainsi nous pouvons appliquer des stratégies uniquement tissulaires pour calmer le ressenti douloureux. Mais, face à une douleur persistante, ces stratégies ne seront souvent pas suffisantes ou pas adaptées.

De façon caricaturale, ça ne semble pas si aberrant d’avoir plus mal quand on est stressé, que la chaudière a lâché et qu’en plus il pleut. On perçoit l’impact que peuvent avoir sur la douleur des facteurs extérieurs, environnementaux, mais aussi notre état d’humeur ou nos pensées.

Apprendre à identifier ces différents facteurs qui amplifient notre douleur, et surtout apprendre à déceler et multiplier les facteurs qui vont l’apaiser est une belle étape.

Est-ce que cette analogie entre la faim et de la douleur vous parle ? Voyez-vous des similitudes dans votre cas ou ceux de personnes autour de vous ?

N'hésitez pas à partager votre réflexion en commentaire !

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3 réponses à “La douleur c’est comme la faim”

  1. Certains points de cet article vous parlent ou vous touchent ?

    N’hésitez pas à partager vos réflexions et vos expériences en commentaire.

  2. Chère Marie,

    tout d’abord un grand merci pour la formation Expliquer la douleur, que je viens de suivre. Extrêmement bien préparée, et souple et à l’écoute en même temps. Je suis remplie d’inputs et me réjouis de toutes les références à découvrir. C’était top!

    Je réagis sur cet article et cette vidéo où vous parlez aussi du travail important de relation entre patient et soignant. Ce chemin de se connaître soi-même qu’a le soignant est un chemin non-stop durant toute la carrière. Et j’aimerais simplement vous indiquer que dans le métier de la psychomotricité, dont je fais partie :-), les thérapeutes sont entraînés avec leur formation pour ce travail relationnel et comment mettre la relation en vigueur comme une ressource active dans la prise en charge du patient.

    Je trouve qu’il y a un grand intérêt pour le programme Expliquer la douleur de profiter de ce savoir-faire et surtout ce savoir-être qui est dans l’ADN du métier de la psychomotricité. Les thérapeutes/soignantes qui suivent la formation pourraient profiter énormément d’avoir un suivi avec des outils concrets pour cette partie de la prise en charge des patients douloureux.

    J’ai hâte de continuer à lire tous vos articles dans le futur ainsi que de lire votre traduction du livre Explain pain !
    Cordialement
    Kristine Ramseier, psychomotricienne.

  3. Merci Kristine pour ce retour enthousiaste 🙂

    Et merci pour le partage d’expérience et les recommandations !

    Au plaisir de continuer à échanger et à nous retrouver sur de futurs projets,

    Marie

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